La Déplacée ou la vie à la campagne

Une pièce de Heiner Muller

Traduction Irène Bonnaud et Maurice Taszman

Mise en scène et adaptation : Bernard Bloch

Création du 4 au 22 mai au Théâtre du Soleil – Cartoucherie – 75012 Paris

Renseignements / Réservations :

06 65 38 74 73 / 01 43 74 24 08 / reseau.diffusion@yahoo.fr

Dates et horaires :

du mercredi au vendredi à 20h

le samedi à 15h et 20h

le dimanche à 15h

Durée : 2h10

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Scénographie et costumes : Bernard Bloch et Xavier Gruel

Lumières : Xavier Gruel puis Luc Jenny

Musique : Joël Simon

Avec :

Djalil Boumar, Deborah Dozoul, Ferdinand Flame, Robin Francier, Carla Gondrexon, Agathe Herry, Hugo Kuchel, Juliette Parmantier, Jeanne Peylet.

 

Cette tragi-comédie politique que Heiner Müller écrit dès la fin des années 50, met au jour, de l’intérieur, les écueils d’un socialisme qui a échoué à l’endroit où il était porteur d’espoir : l’émancipation des peuples. Présenter La Déplacée ou La vie à la Campagne près de 100 ans après la révolution d’Octobre, c’est proposer de réfléchir à cet échec du socialisme et tenter de reconquérir la faculté de rêver une issue au monde sinistre et dangereux qui se dessine.

Il y aura bientôt cent ans que la Révolution d’Octobre a eu lieu. Elle a nourri l’espoir de centaines de millions d’êtres humains puis s’est fourvoyée dans les dévoiements que l’on sait. Elle mérite pourtant que l’on s’y attarde les yeux grands ouverts.

Il se trouve que Heiner Müller avait dès la fin des années 50, composé une remarquable tragi-comédie qui mettait au jour de l’intérieur les écueils qu’il faudrait éviter pour aboutir à l’émancipation des peuples; émancipation qui semble aujourd’hui plus lointaine que jamais.

Cette pièce a été interdite par la RDA, « l’État-des-Ouvriers-et-Paysans », le jour même de sa création. Cette condamnation était le signe avant-coureur du désastre qui s’en est suivi. Tant que l’on ne pensera pas l’in-pensé du socialisme, les idées progressistes continueront d’être reléguées dans les poubelles de l’histoire.

 

La pièce

Nous sommes en 1949. L’Allemagne est détruite, exsangue, déconsidérée et divisée en 4 zones d’occupation. La RDA quant à elle, est sous occupation soviétique. Près du tiers des Allemands de l’Est sont des réfugiés chassés de Prusse Orientale par l’Armée Rouge : on les appelle des « personnes déplacées ».

Les Junkers qui possédent à eux seuls 3,3 milliards d’hectares de terre, soit la moitié de la surface cultivable du pays, ont fui à l’Ouest dès 43, après la défaite de l’armée nazie à Stalingrad. Leurs terres sont redistribuées dès 1945 en parcelles de 5 ha aux « sans terre », journaliers surexploités qui vivaient il y a quelques mois encore sous leur joug. Mais il est impossible de vivre décemment avec 5 ha de champ de patates ou de betteraves et, ici comme ailleurs, l’heure est à la mécanisation agricole. Le but non avoué de l’État est donc de réunir ces terres pour les collectiviser. Cette col- lectivisation forcée suscitera une résistance violente de la part des paysans. On ne touche pas impunément à la propriété privée de la terre…

 

EXTRAITS DE PRESSE :

« La  Déplacée » n’entend  pas apporter sa pierre à l’image édifiante d’un peuple en marche vers un avenir radieux. Au contraire,  son « réalisme » offre le tableau contrasté d’une collectivité vivante et inquiète, avant qu’on ne la fige dans la geste héroïque et convenue du « réalisme socialiste ».  Plutôt qu’elle n’épouse la ligne droite de « l’avenir radieux », l’espoir d’émancipation s’égare dans les chemins de traverse  de la résistance à l’ordre imposé, fût-ce au nom du bien. Le tractoriste négocie au prix fort  le labour du champ du paysan dont il convoite la fille. La collectivisation apparaît comme le masque généreux de l’accaparement  et le  paysan Ketzer préfère abattre son cheval, plutôt que de le mettre au service de la communauté… Ecartant tout jugement surplombant et ce qui aurait pu n’être qu’un exercice d’acteurs, cette mise en scène rigoureuse et exigeante reste pour ses jeunes interprètes,  immanente à l’expérience même de la scène. « Le théâtre est une projection dans l’utopie, sinon il n’est rien de particulier » écrivait Muller. 
Christian Drapon. Théâtrecontemporain.net

Les 9 acteurs brossent avec subtilité la déroute des journaliers surexploités qui passent du joug des Junkers, grands propriétaires terriens qui ont fui à l’Ouest, à une redistribution des 3,3 milliards d’hectares, en parcelles de 5 hectares. Impossible de se nourrir sur une telle surface, d’autant plus que la mécanisation des engins fonctionne très mal. « Ce travail est un crime contre l’humanité (…) L’avoine crie vengeance (…) On savait que la corruption va plus vite que le socialisme (…)Difficile de choisir entre l’avenir radieux et le présent connu ! ». Beaucoup se suicident. Belle interprétation d’une équipe prometteuse. Edith Rappoport. Journal de bord d’une accro

Müller, jeune poète communiste, est alors quasiment envisagé comme le successeur de Brecht, mort en 1956, soit trois ans après Staline. La pièce, librement inspirée d’une nouvelle d’Anna Seghers, il la conçoit comme une franche mise à plat de problèmes monstres, suivant les principes d’une injonction officielle à montrer la réalité de la construction du socialisme. Naïveté ou provocation ? Il y eut scandale. Son metteur en scène, B. K. Tragelehn, dut aller marner six mois durant dans une mine de charbon. Müller y échappa grâce à Helene Weigel, qui lui dicta mot à mot la teneur de son autocritique. Aujourd’hui, la pièce, dans sa crudité sans merci, prend figure de prophétie après coup, pour ainsi dire. C’est d’abord question de ton, dans les dialogues vaches, farcis de poésie brute, façon jeune Brecht, d’une espèce d’humanité les pieds dans la boue, en proie aux besoins animaux : bière, saucisses et sexe, femmes brutalisées, plus les intérêts immédiats, pauvres contre déjà corrompus… Müller ne mâche pas ses mots. Un personnage « asocial » refuse le boulot, mendie sa bière et file à l’Ouest. Les jeunes comédiens de l’école départementale de théâtre de l’Essonne (EDT91) se jettent à corps perdu dans ce monde jusqu’alors, pour eux, inconnu. Jean-Pierre Léonardini. L’Humanité

Bernard Bloch s’empare de cette comédie âpre et roborative, d’inspiration réaliste, qui allie la puissance d’analyse d’un Brecht (qui vient de disparaître) à une poésie rugueuse, sarcastique et non dépourvue d’humour. Un propos qui interroge, avec des résonances actuelles, sur la question des impasses politiques, géopolitiques, sociales, économiques et écologiques et qui ouvre sur la naissance des premiers mouvements féministes. Il donne à la vingtaine de personnages de la pièce (joués par 9 comédiens) plus de place à leur origine de classes, géographique, linguistique ou historique qu’à leur véracité psychologique. Il le fait avec une mise en scène précise, millimétrée, géométrique, dans un dispositif scénique d’une grande sobriété et sans jamais avoir recours aux rajouts qui font fureur sur les plateaux de théâtre : projections de vidéos ou utilisation de fumigène… Françis Dubois. SNES

Ce on hors champ de la pièce, est l’endroit de cette redoutable compulsion de ces gens à croire. Lorsque l’état semble s’être retiré, Heiner Muller malicieux convoque l’occulte; isolés les paysans s’en remettront au ciel et un tirage au sort sera organisé. Le texte est fort et la mise en scène appuie le trait. Neuf chaises et des va et vient énergiques entre elles. Neuf jeunes acteurs talentueux interprètent vingt-cinq personnages (dont un cheval et un chien). Les rôles semblent interchangeables ce qui assoit la figure allégorique de ce microcosme agricole et qui donne au récitatif toute sa place et sa force. Il ne s’agit pas de nostalgie ou d’un baroud d’honneur d’une pensée sur laquelle s’est rabattu depuis longtemps ses échecs et ses dévoiements. Ce texte puissant nous parle depuis aujourd’hui, Freud a gagné sur Marx, l’émancipation est celle du sujet, pas celle du peuple. La pièce de Müller cherche à savoir : mais pourquoi donc ce besoin compulsif et émouvant de l’homme pour un grand Autre en qui croire toujours et à dégommer parfois. Et nous rions durant 1h50 à nous poser la même question. Daniel Rofé-Serfati. toutelaculture.com

La voix off nous rappelle l’historique de la pièce, le jour où elle a été jouée et sa censure immédiate par les cadres du parti. D’emblée la mise en scène de Bernard Bloch donne au public les clés de lecture et interroge cette révocation sans appel.
Sur le plateau nu, des chaises en demi cercle, noire, rouge, jaune, suggèrent à la fois un espace ouvert à la circulation de la parole et l’endroit du monde d’où elle vient. Avec leur costume, jeans et tee-shirt noirs, les jeunes acteurs collent à l’uniformisation de l’idéal socialiste qu’ils prônent.
La mise en place paraît dans un premier temps, hypnotique, voire trop statique. Mais ce jeu empesé de marionnettes va bientôt révéler la mutation des personnages et les déplacements vont se fluidifier. A cause de leurs contradictions, leur endoctrinement et l’inévitable dimension de la nature humaine à la domination des uns sur les autres, leur marche vers le communisme va s’accélérer.
Si la redistribution des terres collent à leurs rêves égalitaires, l’attitude de ces jeunes gens reste calquée sur une image, comme s’ils étaient tous suspendus, freinés dans leurs mouvements par cette perception commune. Chez eux il n’y a pas d’affect, pas de transports joyeux, pas de passion et si par hasard quelqu’un s’émeut ou se plaint, on a vite fait de le recadrer. Ce qui compte par-dessus tout c’est la force de caractère et surtout de travail que l’on nourrit consciencieusement à la bière. Anna Rahm. Un Fauteuil pour l’orchestre
 

La Déplacée fit scandale lors de sa création à Berlin-Est en septembre 1961, alors que s’édifiait le mur de Berlin et fut interdite immédiatement. Il faut dire que l’on y raconte l’émergence du « socialisme réel » dans l’Allemagne en ruine de l’après-guerre(…) Traduite par Irène Bonnaud et Maurice Taszman, mise en scène chorégraphiquement par Bernard Bloch, la pièce demeure trop démonstrative (…) Reste qu’il s’agit d’une pépite ! Armelle Héliot. Figaroscope.

 

Production : Le Réseau (Théâtre), EDT91 (Ecole départementale de théâtre de l’Essonne) et CAP*-La fabrique. Avec le soutien du Théâtre du Soleil.
Le Réseau (Théâtre) est conventionné par la Drac Ile de France. CAP* est conventionné par la Région Ile de France, le Département de la Seine Saint-Denis et la Ville de Montreuil.
Une maquette du spectacle a été présentée les 19, 20 et 21 juin 2015 à La Friche de Viry-Chatillon dans le cadre de l’EDT91.
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