FIN – Retours sur le spectacle – le point de vue des critiques

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Une écriture lumineuse dont on se délecte comme d’un bon vin, des acteurs époustouflants de justesse, une mise en scène comme un jubilatoire ressac incessant entre réalité et fiction… Oui, la pièce d’Isabelle Rèbre, mise en scène par Martine Colcomb et Bernard Bloch parle de la « Fin » comme son nom l’indique, de ce temps suspendu où tout, irrémédiablement, doit forcément finir par dégringoler – et comme c’est beau de l’affronter ! Mais elle parle aussi, et peut-être encore davantage, de la « faim », celle de vivre encore, celle de vivre toujours, celle de vivre tout court. Théâtre, cinéma, littérature : tout ici est servi en grand sur un plateau. Oui d’accord, j’ai les yeux encore plein d’étoiles et l’envie maintenant de voir ou revoir tous les films de Bergman, de lire Erland Josephson… Mais comme c’est bon !

Et dire que si Dominique Répécaud, directeur du Centre Culturel André Malraux, n’avait pas déniché cette pépite un matin de festival d’Avignon dans une toute petite salle (si si, Bernard Bloch nous l’a dit), si le Théâtre de la Manufacture, CDN Nancy Lorraine, ne l’avait pas co-produite, cette création n’existerait pas… Et dire que si d’autres partenaires ne se décident pas à la programmer, ça sera la fin de Fin après dix représentations… Vite, avant Montreuil et son Théâtre Municipal Berthelot du 11 au 14 mars, il reste deux soirs à Vandoeuvre-Lès-Nancy sur la superbe Scène nationale du CCAM. Posté sur Facebook le 27/02/2015 par Valérie Susset, journaliste (Est Républicain)

La pièce « Fin » traite simultanément d’un sujet – un grand créateur, Ingmar Bergman, affrontant les affres de la vieillesse –  et de son commentaire par le biais d’une narratrice, double de l’auteur, devenue personnage elle aussi – une jeune cinéaste s’interrogeant sur sa quête de Bergman et sur son propre rapport à l’image. Avec la part d’intime que cette quête fait résonner en elle. Et ces effets de focales constituent l’un des principaux intérêts de la pièce, hormis la qualité de l’écriture elle-même. Sur scène, ils se traduisent par une intéressante scénographie à plusieurs niveaux qui convoque largement le hors scène mais également par un jeu d’acteurs qui exprime parfaitement la proximité du quotidien ou la distance d’une scène rapportée et dont l’adresse varie tout autant. Il y a de savoureux moments de jeux entre Bernard Bloch et Philippe Dormoy qui incarnent malicieusement ces deux vieux qui prétendent contrôler leur potentiel de gâtisme. Il y a aussi la présence attachante de l’énergique narratrice (Sofia Teillet) et des rôles périphériques savamment distribués (Raphaëlle Gitlis) qui donnent du corps à l’ensemble. Maïa Bouteillet, journaliste

Fin d’Isabelle Rèbre : un pied de nez à la mort

Isabelle Rèbre est écrivain et cinéaste. Elle se passionne pour les vies d’artistes, notamment les peintres dont elle réalise des documentaires très personnels. Bernard Bloch est comédien et metteur en scène. L’an dernier, il a mis en scène et interprété le texte formidable d’Edgar Hilsenrath « Fuck America » à Montreuil et au festival d’Avignon. Aujourd’hui, Bernard Bloch est Berg, le double du grand cinéaste Ingmar Bergman, au crépuscule de sa vie, dans cette très belle pièce d’Isabelle Rèbre qui procède d’une double narration. D’un côté, la représentation du grand cinéaste entouré de sa famille, avec son meilleur ami, sur son Ile de Farö, au bord de la mer Baltique et à une heure d’avion de Stokholm. Il a 80 ans passés, garde toujours un fusil dans le tiroir de son bureau et conserve une irascibilité légendaire sans dissimuler sa peur de la mort qu’il maquille avec un humour caustique. De l’autre, une jeune narratrice qui évoque sa relation avec Bergman, son admiration pour le grand artiste qu’elle conjugue avec les souvenirs qu’elle a de son propre père dans la manière de se moquer de la vie et de faire la nique à la mort, en riant comme un vieil enfant. A travers les paroles de la narratrice assise au bord du plateau blanc, guidés par son regard qui agit comme une caméra, nous observons s’agiter des personnages mi clownesques mi fantomatiques comme dans une « Sarabande », titre du dernier film que Bergman réalisa à 85 ans, inspiré par une sonate pour violoncelle de Bach. Il y a là son meilleur ami comédien, Jo (Philippe Dormoy), avec lequel il a passé un pacte pour contrôler leur « potentiel de gâtisme », Magda la cuisinière (Raphaëlle Gitlis), Gaby, son ex-épouse musicienne et sa fille Eva (Sofia Teillet), trois femmes qui valsent autour des deux hommes. Et puis il y a, flottant dans l’air à travers des photographies en noir et blanc, le souvenir de Lisa, sa dernière épouse disparue. Neuf séquences en forme de tableaux se succèdent dans la mise en scène fluide et tchékhovienne de Bernard Bloch et Martine Colcomb qui alternent réalisme et onirisme, trivialité et poésie. Car à travers l’évocation de cette fin de vie du grand cinéaste, formidablement interprétée par les comédiens, c’est bien du désir de vie qu’il s’agit là, projeté comme un défi à la mort et à la décrépitude, se jouant des conventions, des peurs, des amours et des hantises. « Fin » est une sarabande philosophique et farcesque qui fait sourdre l’intime d’un écrivain derrière son admiration pour un cinéaste mythique. Profond et magnifique. Hélène Kuttner, critique dramatique

Ingmar Bergman : personnalité hors norme, œuvre gigantesque. Pour la cerner, seule l’encyclopédie semble convenir. C’est oublier la force du théâtre, lorsqu’il est délicatesse, respect, intelligence, admiration maîtrisée. Tous ces ingrédients sont réunis dans la pièce qu’Isabelle Rèbre. « Fin » – trois lettres au bas du générique, dernière séquence de la vie-, est son titre, tranchante évidence.  Les échanges, complicité plus que face-à-face, entre Bergman et Josephson s’éclairent d’une autre présence, celle de la « Narratrice », qui amène l’indispensable distanciation.

Au Théâtre Berthelot, à Montreuil, la magie opère avec force et l’osmose entre les deux espaces –celui des acteurs, celui de l’auteure qui regarde évoluer ses personnages- y contribue grandement dans la mise en scène de Martine Colcomb et Bernard Bloch. Ce dernier incarne aussi Ingmar Bergman dans les graves, l’angoisse familière de la mort, comme dans les aigus, ceux d’un humour qui frise le cynisme.

La Seine-Saint-Denis après la Meurthe-et-Moselle (Nancy) : puissent ces représentations n’être qu’un commencement, le début de « Fin » !  Françis Laffon, journaliste et ex rédacteur en chef de l’Alsace, chanteur

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